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Entrepreneur social , un innovateur sorcier

Entrepreneur social , un innovateur sorcier

A l’heure où la mondialisation et le modèle économique dominant sont sans cesse remis en cause, on ne peut que constater la subsistance d’inégalités criantes : 94% du revenu mondial revient aujourd’hui à 40% de la population seulement. Ces écarts sont aussi présents au sein même des sociétés. Pour lutter contre la pauvreté et les inégalités sociales, une nouvelle vague économique pourrait bien aider les nations : l’entrepreneuriat social. On en entend de plus en plus souvent parler de cette notion récente qui a vraiment pris son essor depuis les années 2000.

A première vue, le terme d’entrepreneuriat social est paradoxal. Ces deux mots accolés l’un à l’autre, a priori antinomique et impossible à marier, émane une vitalité insoupçonnée. Si, en dépit de l’intérêt croissant que ce mouvement suscite, il n’existe pas de définition universellement admise des concepts d’entrepreneuriat social et d’entreprise sociale, nous pouvons formuler une définition de synthèse : C’est le fait de combiner sens et performance, réussir individuellement en jouant collectif, être rentable en partageant équitablement les richesses, faire du profit un moyen et non une fin.

Etre un entrepreneur social, c’est placer l’efficacité économique au service de l’intérêt général.

Pour cerner l’entrepreneur social d’aujourd’hui, nous devons voir si nous pouvons le rattacher à des catégories sociales existantes ou passées. Les entrepreneurs du 19ème siècle qui pratiquaient des politiques paternalistes étaient-ils des entrepreneurs sociaux ? Nous pouvons le supposer car ils ont construit des écoles, des hôpitaux, parfois même des villes entières pour loger leurs ouvriers. André Citroën, Louis Renault, les frères Michelin, étaient-ils des entrepreneurs sociaux ? La question peut surprendre, car l’objectif affiché de ces entrepreneurs était de produire de l’acier, des automobiles, des mètres de toiles, etc. Les objectifs sociaux étaient secondaires, et étaient la contrepartie d’une politique de management des ressources humaines visant à fidéliser et à motiver une main-d’œuvre non encore habituée au travail industriel. André Citroën déclarait avec fierté qu’il avait pendant la première guerre mondiale fait preuve d’œuvre sociale en installant dans son entreprise des chambres d’allaitement pour les ouvrières venues en masse remplacer les hommes.

En outre, l’entrepreneur social identifie ce qui ne fonctionne pas dans la société. C’est un innovateur parce que ayant cerné ce qui ne fonctionne pas il cherche des solutions qu’il diffuse. Citons à titre d’exemple l’inventeur du micro-crédit : Muhammad Yunus. L’entrepreneur social ne se rattache ni au secteur public, même si le support de son activité répond à des préoccupations d’intérêt général, ni tout à fait à l’économie de marché, puisque le profit n’est pas sa motivation principale. Son projet vise à concilier initiative privée, utilité sociale et viabilité économique et solidarité, dans le secteur marchand et non marchand. Si l’entrepreneur cherche à maximiser son profit, l’entrepreneur social cherche à générer des ressources pour maximiser la valeur sociale créée et l’impact social de son action. En bref, l’entrepreneuriat social n’est pas un secteur, mais une manière d’entreprendre différente, un état d’esprit, une approche alternative pour traiter les grandes questions sociales.

De plus, l’entrepreneuriat social, à l’instar de l’entrepreneuriat dans son sens général, prend de multiples formes au regard de la généralité des critères de définition retenus. Un entrepreneur social peut tout aussi bien créer une association, une coopérative, une fondation ou même une société anonyme. Le statut juridique importe peu. Ce qui semble en revanche déterminant, c’est les objectifs de l’entrepreneur, les moyens mobilisés et le cadre institutionnel dans lequel il est inséré.

En effet, pour parvenir à son objectif, l’entrepreneur social mobilise son potentiel de ressources. Ces dernières sont non seulement financières effectives (épargne propre, héritage) ou potentielles (accès au crédit ou à des subventions publiques), mais aussi constituées par ses connaissances acquises dans le cadre scolaire au sens large du terme, par l’expérience professionnelle en tant qu’employeur ou salarié et par son capital social ou réseau de relations sociales institutionnelles et informelles. Ce capital social est constitué non seulement par l’ensemble des relations que l’individu entretient avec d’autres individus qui se situent dans d’autres entreprises, des organisations professionnelles, des ministères, des banques, etc., mais aussi par un réseau de relations informelles (dans le cadre familial, entre voisins, amis, etc.). Les relations institutionnelles et informelles ne sont pas dissociées, mais étroitement intégrées. Les relations informelles constituent souvent le tremplin indispensable pour atteindre les personnes visées dans une institution quelconque. Ces trois types de ressources sont très étroitement liés les uns avec les autres. L’origine sociale de l’individu est déterminante dans la constitution de ces réseaux sociaux. L’entrepreneur est aussi inséré dans une société déterminée qui elle-même se définit par un ensemble de lois régissant le droit de propriété, le droit des affaires, le droit du travail, etc., et qui constitue une espèce de cadre normatif, voire coercitif, à partir duquel l’activité entrepreneuriale prend forme.

Néanmoins, La réorganisation de la grande entreprise, sous la forme d’une entreprise réseau explique pour une large partie le développement de la société entrepreneuriale. Mais, d’autres opportunités en matière de création d’entreprises sont apparues en raison de la redéfinition du rôle de l’Etat social : celui des emplois de services de proximité, généralement de services à la personne (garde d’enfants, de personnes âgées, ménage, jardinage, travaux ménagers, etc.). Dans ce contexte, la création d’entreprises n’est pas seulement la traduction d’une nécessité économique, mais également sociale. Alors que la population des pays industrialisés vieillit et que la famille éclate (augmentation du nombre des divorces et des remariages), de nouveaux problèmes apparaissent : la prise en charge des enfants en bas âge, des malades ou des personnes âgées a été d’abord le fait de la famille élargie.

En guise de conclusion, l’entrepreneur social est le produit d’une évolution historique, une tentative de réponse à des problèmes nouveaux : chômage et pauvreté de masse, vieillissement de la population, dispersion géographique de la famille, etc. L’entrepreneur social cherche certes à satisfaire des objectifs sociaux, ils sont parfois personnellement touchés par le problème auquel ils cherchent à apporter une réponse, privilégiant l’intérêt collectif sur sa réussite personnelle, mais il est aussi conscient qu’il ne peut réussir socialement s’il ne réussit pas économiquement. Les entreprises sociales font alors partie de notre quotidien et contribuent à notre bien-être. Pionnières d’une économie nouvelle, plus humaine, elles montrent que l’entreprise peut être ce lieu inattendu où projet économique et projet social fusionnent au profit de tous.


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